Commentaire à propos de l’installation de Michaël d’Auzon, « Morphismes »
par Anne Colson.
« Danser c’est peindre quelque chose dans le temps et l’espace »
Michaël d’Auzon.
La danse et la peinture, la peinture et la danse… Qu’ont-elles en commun ? Peut-être, ont-elles dans leur essence même, cela en commun : la puissance du mutisme du geste. Le langage avant le verbe, la communication primale.
L’artiste nous dit encore : « Le corps ne ment pas, il ne peut mentir ». C’est la nudité toute crue de ce corps livré, de ce geste donné. Le retour à ce fondamental qu’est l’archaïsme de l’énergie primitive du corps. William Blake à la fin du XVIII ème siècle écrivait : « L’énergie est la seule vie et elle vient du corps. L’énergie est la joie éternelle ».
Il s’agit bien de cela, de l’énergie du corps, de son geste, de sa transcendance. Le geste artistique, celui de l’énergie de vie, la vibration de l’énergie de vie. Sa présence, son trait, et même sa couleur.
« Morphismes », ce sont les métamorphoses de la « Métadanse », comme le nomme l’artiste. C’est cette idée d’être au croisement entre ces archaïsmes et ce futurisme des technologies actuelles, leur dialogue possible. On arrive à la terminologie de « chorégraphie virtuelle » que l’artiste envisage comme l’avenir incontournable de la chorégraphie. Également il y a cette nécessité pour lui de ce « Tout » qui bouge incessamment, qui est dynamique, mobile. La Métadanse, les oscillations de ce par quoi s’exprime l’être intérieur. Parvenir à entrevoir cette vision d’ensemble de la formation mouvante qui compose l’être, et ce qu’il va révéler devenir : le « Deviens ce que tu es », citation célèbre du philosophe grec Pindare. Cela fait appel à la volonté de puissance nietzschéenne ou comment la vie appelle à son expansion propre dans son existence. Une expression de la présence, de l’identité.
C’est cette idée de la transformation, de ce « tendre vers… », le flux de la volonté de puissance… « Morphismes » fait appel au flux dans sa définition thermodynamique, mais aussi dans ce contexte des nouvelles technologies, au flux tendu du monde. L’ère du numérique, du virtuel, c’est l’ère de l’illimitation du champ des possibles. Et notamment celui que recherche l’homme depuis longtemps : le possible de l’ubiquité. Cette faculté de se trouver en plusieurs endroits à la fois, la connexion suprême au monde.
Dans l’idée du flux, il y a à la fois l’idée de permanence et d’impermanence, de quoi réconforter l’être humain sur la perception de sa solitude mais aussi de sa finitude… Dans le flux, il y a cette rivière dans laquelle on se baigne et pourtant « on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière »… Dans le flux, il y a cette liquidité dans laquelle on baigne, sans doute à la recherche de nos origines amniotiques perdues…
On ne peut s’empêcher de penser vers quoi l’homme tend-t-il vraiment, vers quoi va-t-il ?
Et d’avoir réminiscence de cette implacable image dans « 2001 L’Odyssée de L’Espace » de Stanley Kubrick, celle de ce fœtus flottant dans l’espace, contemplant la terre tel le nouveau Dieu. Le futur de l’homme et le fantastique destin de son intelligence…
Metz, blitz'09 biennale d'art contemporaine, le 24.09.2009